Prendre le volant de sa voiture est un enjeu crucial pour les conducteurs séniors. Au-delà de la liberté de se déplacer, garder son permis, malgré l’âge, représente un symbole d’indépendance et d’autonomie. Pourtant, nos capacités évoluent et se détériorent au fil du temps. Cela peut alors impacter notre aptitude à prendre le volant et gérer notre automobile, et mettre en danger sa vie et celles d’autrui. Comment savoir quand il faut cesser de conduire ? On fait le point sur les signaux d’alerte à ne pas manquer.
Sommaire :
Les personnes âgées et la conduite : les raisons de ces débats
Si le sujet demeure si sensible, c’est qu’il met en jeu plusieurs facteurs contradictoires. D’un côté, on ne peut pas nier la baisse éventuelle de certaines capacités au fil du temps. L’acuité visuelle, l’agilité, les réflexes… ce sont autant d’éléments pouvant rendre la conduite plus difficile, voire dangereuse pour certains conducteurs séniors. De l’autre, il serait injuste de généraliser comme beaucoup de personnes âgées excellent toujours au volant malgré leurs âges.
Au cœur de ces préoccupations se trouve aussi la question de la sécurité routière. Plusieurs études ont démontré que les risques d’accident sont potentiellement plus élevés pour les conducteurs âgés. Même s’ils ne sont pas les plus accidentogènes en chiffres bruts.

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Les chiffres interpellent pour la France
Parmi tant d’autres, l’Italie, l’Australie ou le Japon ont des réglementations pour les conducteurs séniors. Pourtant, la France ne dispose d’aucune mesure particulière jusqu’à ce jour. Le permis B reste valable à vie, sauf en cas d’infractions ou problèmes de santé graves.
En juillet 2023, un projet de loi avait été déposé pour instaurer des visites médicales obligatoires et régulières dès 70 ans. Le gouvernement l’a malheureusement rejeté trois mois plus tard. Certains pays comme la Belgique se montrent plus stricts avec leurs aînés. Un examen de conduite est ainsi obligatoire dès 76 ans pour renouveler le permis tous les 3 ans ensuite. Au Royaume-Uni, ils envoient un simple questionnaire d’autoévaluation pour les conducteurs de plus de 70 ans.
Si l’on se fie aux statistiques, les conducteurs de plus de 75 ans sont impliqués dans 9 % des accidents mortels, en France. Ils en sont néanmoins responsables dans 81 % des cas où ils sont présents. Ce chiffre interpelle déjà même s’il reste inférieur à la tranche des conducteurs de 18-24 ans. Ces derniers étant les causes d’environ 19 % des accidents mortels.
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Les signes indiquant qu’il est temps d’arrêter de conduire
Les chercheurs de l’École de Médecine de l’Université de Washington de Saint-Louis, aux États-Unis, ont mené une étude. Celle-ci s’est penchée sur les différents facteurs prédisant le moment où une personne âgée devrait cesser de conduire.
Pour cela, ils ont examiné les données de 283 personnes âgées en moyenne de 72 ans. Ces participants conduisent au moins une fois par semaine et ne présentent pas de trouble cognitif au début de la recherche. Pendant près de 6 ans, ils ont subi une série de tests annuels. Ceux-ci concernaient des scanners cérébraux et des analyses de leur liquide céphalo-rachidien. L’objectif étant de détecter d’éventuels signes de la maladie d’Alzheimer.
Au terme de l’étude, les scientifiques ont identifié trois facteurs clés permettant de prédire quand il faut arrêter de conduire.
Les troubles cognitifs
Selon cette recherche, l’altération des fonctions cognitives, même légère, doit pousser les personnes âgées à envisager l’arrêt de la conduite. Avoir une bonne capacité cognitive permet, en effet, de mieux analyser les situations. Elle nous aide aussi à prendre des décisions rapides et anticiper les dangers sur la route.
Le score PACC
Durant l’étude, les participants ont passé le test PACC (Preclinical Alzheimer Cognitive Composite). Cet examen évalue les performances dans des tâches faisant appel à la mémoire épisodique, au langage ou aux fonctions visuospatiales.
Un mauvais score au PACC doit alerter sur les capacités restantes à conduire en sécurité. Selon les chercheurs américains, c’est un critère significatif pour prédire l’arrêt de la conduite chez les conducteurs séniors.
Certaines pathologies
L’arrêté de mars 2022 dresse la liste des pathologies incompatibles avec l’obtention ou le maintien du permis de conduire. On y retrouve par exemple les maladies cardiovasculaires, l’épilepsie, la maladie de Parkinson ou certains troubles ophtalmiques réduisant fortement l’acuité visuelle.
Il est vrai que ces affections ne sont pas uniquement liées à l’âge. Elles représentent toutefois un facteur de risque important pour la sécurité routière chez les conducteurs séniors. Un diagnostic médical est alors indispensable pour évaluer l’aptitude à conduire.

Facteurs sociologiques et psychologiques
Au-delà des aspects purement médicaux, d’autres éléments d’ordre sociologique et psychologique entrent également en jeu. Selon l’étude menée par l’Université de Washington, les femmes séniores arrêtent la conduite plus tôt que les hommes, par principe de précaution.
Le fait de pouvoir encore conduire s’avère d’une importance capitale pour le bien-être psychologique de nombreux retraités. Prendre le volant d’une voiture leur permet de conserver leur autonomie, leur liberté d’aller et venir à leur guise. C’est aussi un excellent moyen de maintenir un lien social, de voir leurs proches ou de participer à des activités.
Le dernier élément à considérer est que les codes et réglementations évoluent avec le temps. Or, pour les séniors, il peut être compliqué de se remettre à niveau sur les derniers changements du Code de la route. Cela concerne surtout ceux qui n’ont pas eu à repasser le permis depuis des décennies.
Les alternatives proposées pour les conducteurs séniors
Lorsque l’aptitude à conduire en toute sécurité devient discutable, il existe des solutions alternatives à envisager pour les personnes âgées.
L’autoévaluation et les stages de remise à niveau
Avant d’en arriver à un arrêt complet de la conduite, les séniors peuvent d’abord procéder à une autoévaluation honnête de leurs capacités. Le Bureau de Prévention des Accidents (BPA) propose d’ailleurs un test en ligne gratuit à cet effet. Celui-ci aborde différents aspects comme la vision, la santé, la prise de médicaments ou le traitement de l’information.
En cas de doutes identifiés, suivre un stage de remise à niveau constitue une excellente option. Cela leur permet de s’actualiser sur le Code de la route et les bonnes pratiques. De nombreux organismes proposent ce type de formations spécifiquement dédiées aux personnes âgées.
Les solutions de mobilité autres que la voiture personnelle
Si la décision d’arrêter de conduire s’impose, il existe d’autres possibilités pour se déplacer et conserver son autonomie. Parmi ceux-ci, on peut citer :
- Solliciter ses proches pour des trajets ponctuels ;
- Utiliser les transports en commun ;
- Conduire une voiture sans permis avec une vitesse limitée à 45 km/h ;
- Recourir aux services de livraison à domicile ;
- Bénéficier de navettes dans les résidences pour séniors…
Le rôle de l’entourage et des Entretenir un dialogue avec la famille nous semble essentiel. En effet, votre entourage pourra vous conseiller et vous orienter vers la meilleure option, dans un souci de bienveillance et de sécurité. Vous pouvez les impliquer pleinement dans votre réflexion. Gardez toutefois à l’esprit que vous êtes le seul à même de prendre cette décision importante. L’essentiel est d’évaluer votre situation en toute honnêteté, sans mettre votre vie et celle des autres en péril.
Les professionnels de santé ont, eux aussi, un rôle clé à jouer. En amont, ils peuvent prodiguer conseils et outils d’autoévaluation aux conducteurs séniors. En amont, ils fournissent des conseils et des outils d’autoévaluation. En aval, ils prescrivent des solutions de mobilité adaptées aux capacités du patient. Le médecin traitant est particulièrement bien placé pour évaluer la compatibilité entre votre état de santé et la conduite. Son avis doit être pris en compte, même si la décision finale vous revient.
Cette actualité, sur TF1 Info, a fait la une des journaux sur le souci des conducteurs séniors :
En fin de compte
S’il n’y a pas d’âge légal pour arrêter de conduire, la décision définitive doit reposer sur différents facteurs objectifs. Cela inclut les capacités physiques et mentales, les pathologies. Cependant, il faut aussi prendre en compte les éléments plus subjectifs tels que le ressenti personnel du conducteur et l’importance de conserver son autonomie. Pour nous, la meilleure approche consiste à aborder cette question régulièrement en toute sérénité et sans tabou. C’est ainsi que l’on pourra prendre la bonne décision au bon moment.






