La nouvelle vient de tomber et elle marque un tournant majeur dans l’industrie automobile de luxe. Alors que la transition vers le « zéro émission » semblait actée, Lamborghini décide de ralentir brutalement la cadence. Le projet Lamborghini Lanzador, ce concept d’ultra-GT surélevé qui devait incarner le futur électrique de la marque dès 2029, ne verra finalement jamais le jour sous sa forme initiale. On peut alors se demander quelles raisons ont poussé le constructeur italien à un tel revirement. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y en a bien une.
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Une demande client jugée proche de zéro
Dévoilé en août 2023 lors du concours d’élégance de Pebble Beach, le véhicule devait être le premier « Ultra GT » de la marque. À l’époque, on annonçait une commercialisation pour 2028. Mais face aux premières hésitations du marché, Lamborghini avait déjà discrètement repoussé l’échéance à 2029. Aujourd’hui, le constructeur officialise l’arrêt définitif du projet sous sa forme 100 % électrique. Cette décision s’appuie sur les récentes déclarations de son patron dans le Sunday Times.
Si l’annonce est récente, le sort du Lamborghini Lanzador a été scellé en coulisses dès la fin de l’année 2025. Le patron explique que l’intérêt des clients pour un modèle à batterie est aujourd’hui « proche de zéro ». On observe un aplatissement de la courbe d’adoption des véhicules électriques sur ce segment de niche.
Au-delà des chiffres, c’est l’essence même de la marque qui est en jeu. Pour les habitués du Taureau, une voiture se définit par une connexion émotionnelle viscérale. Or, Winkelmann admet que l’électrique peine à offrir ce lien. L’absence du cri distinctif des cylindres est donc le principal frein. On comprend que sans les vocalises d’un moteur thermique, l’identité de Sant’Agata s’efface. C’est cette réalité qui transforme un projet d’avenir en un risque financier majeur.
En vidéo si vous voulez en savoir plus sur le concept présenté en 2023 :
Le risque d’un hobby coûteux et irresponsable
Ce constat mène directement à l’argument financier. Développer une telle technologie sans certitude de vente est périlleux. Stephan Winkelmann utilise d’ailleurs une formule brutale en qualifiant l’électrique de « hobby coûteux et financièrement irresponsable ». A noter que cette responsabilité engage la marque envers ses actionnaires, mais aussi ses employés.
Pourtant, lors de sa présentation, le Lamborghini Lanzador promettait la lune. On nous annonçait une fiche technique stupéfiante avec plus de 1 340 chevaux et une transmission intégrale ultra-sophistiquée. L’objectif était de séduire un nouveau public technophile. Mais les promesses n’ont pas suffi à masquer les doutes techniques et commerciaux.
On note, par ailleurs, que Lamborghini vit actuellement une période faste. La marque a atteint un record de 10 747 livraisons en 2025. Maintenir un tel succès repose sur une gestion prudente des marges. Le constructeur refuse donc de sacrifier sa rentabilité pour une technologie boudée par les acheteurs. C’est particulièrement vrai pour le SUV Urus, qui représente environ 60 % des ventes. Prendre le risque d’un Urus totalement électrique aurait pu s’apparenter à un suicide commercial.
L’hybride rechargeable comme seule alternative
Pour maintenir cette croissance record sans ignorer les pressions réglementaires, la marque se tourne vers un compromis technique. Car si Bruxelles a récemment assoupli son calendrier, l’horizon reste le même avec la fin programmée du moteur thermique pur. On voit donc Lamborghini s’aligner sur une tendance lourde pour trouver un équilibre entre performance et conformité.
Ce virage est tel que l’architecture même du Lamborghini Lanzador va être modifiée pour accueillir une motorisation hybride rechargeable. On peut dire que cette mutation s’appuie sur une expertise déjà bien rodée au sein de l’usine. La gamme actuelle, composée des Revuelto, Temerario et du nouvel Urus SE, a déjà franchi le pas de l’hybridation avec succès. En proposant l’agilité de l’électrique à bas régime sans sacrifier les sensations sonores du moteur thermique, cette solution permet aux dirigeants de prolonger la vie des moteurs à combustion.
C’est d’ailleurs ce qui ouvre la voie à une autre alternative prometteuse, celle des carburants de synthèse (e-fuels). On comprend que Lamborghini mise énormément sur cette technologie pour sauver la noblesse de ses moteurs V8 et V12 tout en restant dans les clous de la conformité écologique.

Lamborghini a-t-il raison face à l’électrification de Ferrari ?
Dans les faits, cette prudence technologique assumée s’oppose frontalement au pari de Maranello. Ferrari prépare activement le lancement de sa toute première sportive électrique nommée Luce, avec des livraisons annoncées dès le mois d’octobre. D’autres acteurs avancent également sur le marché électrique avec succès, comme Rolls-Royce et son grand coupé Spectre. Cependant, l’approche attentiste de Lamborghini est partagée par d’autres spécialistes du segment sportif. Porsche a récemment décidé de ralentir ses investissements et vient même d’annuler la version zéro émission de son modèle 718.
Même si l’avenir reste le seul juge, le patron de la marque ne rejette pas définitivement l’idée d’un Lamborghini Lanzador branché. Il affirme qu’il ne faut « jamais dire jamais ». L’entreprise continuera d’étudier l’électrification pour être prête le moment venu. Le constructeur préfère donc attendre que les clients soient réellement prêts à brancher leur passion sur une borne de recharge. Pour l’instant, le rugissement du moteur reste le maître mot à Sant’Agata.
Le teaser de Lamborghini à l’époque :






