Du 23 avril au 2 mai 2025, le salon automobile de Shanghai rassemble plus de 1 000 exposants venus dévoiler leurs nouveautés. Si l’événement a autant attiré l’attention, c’est parce que la Chine, premier marché mondial, est aujourd’hui l’épicentre de la révolution électrique. À travers ce rendez-vous biennal, un basculement s’est confirmé : les constructeurs chinois, longtemps considérés comme suiveurs, dictent désormais leur rythme. Grâce à leurs technologies, leur vision et leurs ambitions affirmées, ils redessinent les contours de l’industrie automobile.
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Pourquoi Shanghai est devenu le cœur de l’innovation auto ?
Organisé sur douze pavillons, le salon a permis la présentation de plus de 100 modèles inédits. Il confirme, une fois encore, le rôle central de la Chine dans le paysage automobile mondial. Enregistrant 31,4 millions d’immatriculations en 2024, soit autant que l’Europe et les États-Unis réunis, le pays domine en volume. Mais surtout, c’est le rythme d’évolution qui retient l’attention.
Contrairement aux salons occidentaux souvent tournés vers des concepts à long terme, les modèles dévoilés à Shanghai sont quasiment tous prêts pour la production. Nombre d’entre eux seront commercialisés dans les mois à venir. Ce pragmatisme reflète ce que les professionnels appellent la « vitesse chinoise ». En effet, dans l’Empire du Milieu, certains modèles passent de l’idée à la production en moins de deux ans. À titre de comparaison, le même processus demande encore, en moyenne, entre quatre et cinq ans en Europe.
Par ailleurs, l’ambiance du salon en dit long sur la transformation du secteur. Les constructeurs chinois n’ont pas seulement occupé l’espace : ils l’ont animé et dominé. À ce titre, BYD, Xiaomi ou Li Auto ont été particulièrement visibles, avec des stands animés et des gammes clairement structurées. À l’inverse, les groupes européens et japonais, bien qu’actifs, sont apparus plus en retrait.

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Que montrent les constructeurs chinois ?
Au fil des éditions, les constructeurs chinois ont renforcé leur position. Le salon l’a démontré une fois de plus : ils ne suivent plus les tendances, ils les créent. Leur avance ne se limite pas au marketing ou au volume. Elle s’appuie également sur des résultats concrets. En 2024, les ventes de véhicules à énergie nouvelle (NEV) ont dépassé les 12 millions d’unités, dont plus de la moitié étaient entièrement électriques. En parallèle, les modèles hybrides rechargeables (PHEV) et à autonomie étendue (EREV) enregistrent une forte progression. Depuis 2020, leur croissance annuelle moyenne atteint +104 %.
Dans ce contexte, BYD occupe une place centrale. Le groupe a doublé son bénéfice au premier trimestre 2025, atteignant 9,2 milliards de yuans. Lors du salon, il a dévoilé six nouveaux modèles en une seule conférence, dont le SUV Yangwang U8L, orienté vers le segment premium.
De leur côté, NIO, Xpeng et Zeekr poursuivent leur développement avec des approches complémentaires. NIO mise sur les batteries interchangeables, Xpeng sur l’assistance à la conduite, et Zeekr, filiale de Geely, sur le design et la connectivité. Toutes partagent une même logique : s’imposer d’abord sur le marché intérieur, puis construire une présence à l’international de manière ciblée.

Face aux constructeurs chinois, comment réagit l’industrie européenne ?
Face à cette accélération, les groupes européens adaptent progressivement leur stratégie. Toutefois, les chiffres soulignent une perte d’influence sur le marché chinois. En 2024, Mercedes a vu ses ventes chuter de –7,3 %, Audi de –10,9 %, BMW de –13,4 %, et Porsche de –28 %. Dès lors, le salon de Shanghai s’est imposé comme un moment décisif pour tenter de rétablir le contact.
Volkswagen a choisi de renforcer son approche locale. Cinq modèles, dont l’ID Aura, l’ID Era et l’ID Evo, ont été développés spécifiquement pour la Chine. Ces véhicules s’appuient sur des architectures électroniques modernes, conçues avec des partenaires locaux, pour mieux répondre aux exigences des consommateurs chinois.
Audi, pour sa part, a décidé de segmenter son offre. À côté de sa gamme internationale, la marque a lancé une entité spécifique baptisée AUDI, destinée au marché chinois. L’E5 Sportback, premier modèle de cette ligne, affiche 787 ch et 770 km d’autonomie. Il repose sur une plateforme logicielle développée en collaboration avec SAIC.
BMW, quant à elle, mise sur une approche plus progressive. Sa Neue Klasse a été repensée pour le marché chinois, intégrant notamment une interface Panoramic iDrive. Par ailleurs, la BMW i5 Nostokana a été conçue par une équipe de design installée à Shanghai. Elle se distingue par une carrosserie à teinte variable et un style visuel marqué.
Enfin, Mercedes-Benz a choisi une voie plus spécifique : celle des monospaces haut de gamme, un segment porteur en Chine. Le concept Vision V, pensé pour une clientèle aisée en déplacement, propose un écran central de 65 pouces, un système audio à 42 haut-parleurs et des sièges inclinables. Ce positionnement cible un besoin bien identifié sur le marché local.
Malgré ces efforts, les groupes européens doivent composer avec une concurrence agile, des droits de douane élevés, et un rythme d’innovation plus soutenu qu’auparavant. Leur capacité à s’adapter rapidement sera donc décisive.

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Des limites encore visibles chez les marques chinoises
Si les constructeurs chinois affichent une nette progression, leur implantation en Europe révèle certaines failles. Plusieurs modèles, bien qu’attractifs sur le papier, peinent à répondre aux usages locaux. C’est le cas du Xpeng G6, souvent critiqué pour son ergonomie confuse et une interface logicielle peu intuitive. D’autres, comme ceux de BYD ou Leapmotor, souffrent d’une surcharge fonctionnelle, avec des menus complexes et des traductions parfois approximatives. En comparaison, des systèmes comme Android Automotive chez Renault sont plus simples et agréables à utiliser.
Par ailleurs, une fois importés, les modèles chinois perdent souvent leur avantage tarifaire. Le Sealion 7 est vendu plus cher qu’un Tesla Model Y en France, sans être éligible au bonus écologique. À cela s’ajoutent des coûts de distribution supérieurs, ce qui freine leur compétitivité.

Une compétition qui se déplace sur le terrain du logiciel
Aujourd’hui, l’innovation ne se limite plus au moteur ou à la batterie. Ce sont l’interface, la connectivité, les services embarqués et les mises à jour logicielles qui redéfinissent l’expérience automobile.
BYD a présenté son système God’s Eye, une solution de conduite semi-autonome de niveau 2+. Mais un accident impliquant une Xiaomi SU7 a poussé les autorités chinoises à resserrer la réglementation. Désormais, les constructeurs n’ont plus le droit d’utiliser les termes « autonome » ou « automatique » dans leur communication. Même Tesla a dû adapter son vocabulaire.
En Europe, les attentes diffèrent. Les consommateurs privilégient une interface fluide, une expérience cohérente et des assistances discrètes, mais efficaces. L’avance chinoise en matière de services numériques est réelle, mais encore perfectible sur certains points.
N’empêche, les constructeurs chinois redéfinissent peu à peu ce qu’est une voiture moderne. Moins centrées sur la performance brute, elles misent sur le confort numérique, la personnalisation et la simplicité d’usage. Ces éléments deviennent de véritables critères d’achat, notamment pour les jeunes générations.

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Et maintenant ?
Le salon de Shanghai a acté une nouvelle réalité : la Chine donne désormais le tempo. Ses constructeurs disposent d’un écosystème complet, d’une chaîne de valeur intégrée et d’un marché local dynamique, idéal pour tester et affiner leurs modèles.
Les marques européennes, quant à elles, ne sont pas hors course. Mais pour rester pertinentes, elles devront faire preuve d’agilité, de lucidité et de cohérence. Cela passera par des coopérations ciblées, une meilleure adaptation locale et un recentrage sur l’expérience utilisateur.
L’avenir ne sera ni figé ni binaire. Il se jouera entre convergence technologique, rivalités industrielles et complémentarités stratégiques. Et dans cette nouvelle configuration, chacun devra trouver sa place sans attendre que l’autre lui laisse.
En vidéo le résumé du salon :






